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Mali : la nouvelle guerre contre le terrorisme

Publié par Pierre GILBERT sur 13 Janvier 2013

Mali : la nouvelle guerre contre le terrorisme

A l’heure où les forces militaires françaises s’engagent sur le terrain sahélien dans le cadre de l’opération Serval, il importe de comprendre la situation actuelle du Mali et les enjeux que revêt l’intervention française dans le pays, d'autant plus que les difficultés traversée actuellement par le Mali trouvent leur origine dans l'histoire troublée du pays.

Le Mali, un pays historiquement divisé

Majoritairement musulmane (90% de la population), la population malienne se caractérise néanmoins par l’extrême diversité de sa situation ethnique. Si le Sud-Mali abrite pour l’essentiel des ethnies sédentaires (Bambara, Somono ou Malinké), celles du Nord sont principalement nomades, à l’image des Peuls ou des Touaregs.

Ce sont d’ailleurs les relations conflictuelles entre cette dernière ethnie et l’Etat malien qui sont à l’origine de la configuration actuelle du Nord-Mali. En effet, depuis son accession à l’indépendance en 1960, le pays est marqué par un mouvement de rébellion touareg revendiquant la création d’un Etat autonome en lieu et place de l’Azawad.

Malgré les accords de Tamanrasset conclus, sous l’égide de l’Algérie, entre les Touaregs et le gouvernement malien en 1991 et octroyant un statut spécial pour le Nord-Mali, les relations entre les deux protagonistes se sont fortement dégradées dans les années 1990.

Dans ce contexte, le mécontentement des Touaregs a fait l’objet d’une instrumentalisation par le colonel Mouammar Kadhafi qui y décelait un moyen de déstabiliser l’Afrique subsaharienne afin de garantir son hégémonie sur le Sahara. Son renversement au printemps 2011 et la dissolution de l’armée libyenne ont provoqué le retour au Mali des anciens rebelles Touaregs, lourdement équipés grâce au pillage des stocks d’armes libyens. Pour la première fois dans l’histoire du pays, le rapport de force défavorisait les troupes gouvernementales maliennes.

Le contexte immédiat de l’intervention

Dès le mois de mars 2012, les insurgés du Mouvement national de libération de l’Azawad (MNLA), auquel se sont joints les anciens rebelles Touaregs, se lancent à la conquête du Nord-Mali, profitant du désarroi provoqué par le coup d’Etat militaire à Bamako. Après avoir pris le contrôle des districts de Tombouctou, de Kidal et de Gao, le MNLA proclame, le 6 avril 2012, l’indépendance de l’Azawad, amputant le Mali de près des deux-tiers de son territoire.

Toutefois, le MNLA, d’essence laïque, perd progressivement la maîtrise de la situation au profit du Mouvement pour l'unicité et le jihad en Afrique de l'Ouest (MUJAO), et surtout d’une nouvelle organisation islamiste, Ansar Dine. Probablement financée par Al-Qaida au Maghreb islamique (AQMI), celle-ci impose sa mainmise sur le Nord-Mali et parvient à instaurer la charia dans de nombreuses localités, malgré l’hostilité des habitants et les réactions de rejet suscitées par les destructions de mausolées de saints soufis (notamment à Tombouctou) et l’application des châtiments corporels.

Compte tenu de leurs caractéristiques et de leurs ambitions respectives, force est cependant de constater que les rebelles qui occupent actuellement le Mali ne forment pas un front uni, comme en témoigne l’échec en mai 2012 de l’alliance entre le MNLA et Ansar Dine, dénoncée quelques jours après sa conclusion par les rebelles touarègues qui le jugeaient contraire à leurs principes laïques.

Une réaction internationale tardive et hésitante

Dans ce dossier, la communauté internationale s’est longtemps caractérisée par un certain attentisme, qui, s’il devait se prolonger, pourrait se révéler fortement préjudiciable à la stabilité de la région sahélienne toute entière.

Si, dès le mois de juin 2012, l’Union africaine demande au Conseil de sécurité des Nations unies d’adopter une résolution visant à autoriser une intervention militaire au Mali, celui-ci se contente d’adopter en octobre, sur proposition de la France, une résolution 2071 invitant les groupes rebelles à renouer le dialogue avec le gouvernement malien et menaçant de sanctions les groupes armés qui ne se dissocieraient pas des mouvements terroristes.

Il faudra attendre le 20 décembre 2012 pour que le Conseil de sécurité adopte la résolution 2085 qui autorise le déploiement d’une Mission internationale de soutien au Mali (MISMA), pour permettre au pays de recouvrer son intégrité territoriale, conformément au principe de l’uti possidetis. Selon les termes de la résolution, l’opération de reconquête du Nord-Mali devrait être menée par des troupes combattantes exclusivement africaines, assistées au plan logistique et financier par des Etats de l’Union européenne, dont la France.

La décision prise le 11 janvier dernier par le Président de la République François Hollande de déclencher une opération en vue de stopper l'avancée des groupes islamistes répond en urgence au lancement d’une offensive coordonnée vers le Sud-Mali par le MNLA, le MUJAO et Ansar Dine.

L’unilatéralisme de la décision française, prise sans accord formel du Conseil de sécurité des nations unies mais que le Quai d’Orsay rattache à l’article 51 de la Charte des Nations Unies prévoyant un « droit naturel de légitime défense » et permettant de s’exonérer de l’aval préalable de ce dernier, s’explique d’abord par l’urgence de la situation malienne. Toutefois, loin d’être mue par la seule volonté de lutter contre le terrorisme, cette intervention est également un moyen pour la France de défendre ses intérêts stratégiques dans la région, que ceux-ci soient d’ordre économique (accès aux matières premières, débouchés commerciaux) ou politique (contre-terrorisme face à AQMI).

Pour l’heure, une reprise en main du territoire malien semble néanmoins très improbable sans une intervention rapide des forces militaires maliennes, et ultérieurement africaines. C’est d’ailleurs dans cette optique que la France a pressé le Conseil de sécurité d’accélérer la mise en œuvre de la résolution 2085 et le déploiement de la force internationale. Plus globalement, compte tenu de ses liens, d’une part, avec AQMI et, d’autre part, avec les rebelles Touaregs, alliés potentiels, une résolution durable de la crise malienne semble conditionnée par une implication forte de la diplomatie algérienne, aujourd’hui très incertaine du fait des craintes qu’éprouve Alger quant à une éventuelle extension du conflit sur son territoire.

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