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Quel bilan à l'heure du retrait des troupes françaises d'Afghanistan ?

Publié par Pierre Gilbert sur 31 Décembre 2012

Quel bilan à l'heure du retrait des troupes françaises d'Afghanistan ?

Le 25 novembre 2012, la mission de la Task Force Lafayette s’achevait, marquant la fin d’un engagement de près de onze ans des forces militaires françaises en Afghanistan. Quelques semaines plus tard, le Ministre de la Défense, Jean-Yves Le Drian, accueillait à Chypre 153 soldats français de retour du terrain afghan. Plus récemment, les 20 et 21 décembre derniers, la France accueillait à Chantilly la troisième rencontre inter-afghane réunissant l’ensemble des factions politiques afghanes, dont les talibans, et devant permettre de fixer les termes d'une paix durable.

Autant d’évènements témoignant d'une forte implication, parfois critiquée, de la diplomatie française dans le dossier afghan. Retour sur une guerre aux conséquences encore incertaines.

Une intervention occidentale difficile

Autorisée par la résolution 1386 du Conseil de sécurité des Nations Unies et placée sous le commandement de l’OTAN depuis 2003, la Force internationale d’assistance et de sécurité (FIAS) comptait en 2011 près de 130 000 soldats opérationnels, dont 4 000 Français.

Dans les premiers mois d’intervention, les troupes occidentales ont tout d’abord obtenu une série de victoires éclatantes, parvenant, un mois après le début de l’intervention, à entrer dans Kaboul. Ces succès militaires se sont poursuivis par l’effondrement du régime taliban, engagé depuis 1996 dans une politique extrémiste (interdiction de la scolarisation des filles, destruction des vestiges bouddhiques, discriminations et port d’une marque jaune pour les non musulmans…) et ayant commis l’erreur de protéger ouvertement Oussama Ben Laden et son organisation.

Toutefois, la situation sur le terrain s’est rapidement dégradée, essentiellement pour deux raisons :

  • la guérilla talibane, habituée aux combats en zones montagneuses, a bénéficié de l’afflux de nombreux combattants étrangers, notamment de Pachtounes issus du Pakistan ;

  • la tactique militaire occidentale s’est révélée mal adaptée, en particulier par l’emploi de frappes aériennes à l’origine d’importants « dommages collatéraux », tandis que la faiblesse des effectifs armés ne permettait pas de mener de véritables opérations de stabilisation

Parallèlement, la lenteur de la reconstruction économique et sociale de l’Afghanistan, fragilisée par la corruption et le narcotrafic, tendait à renforcer les troubles dans le pays. Ainsi, selon les données du PNUD, le pays se situait en 2011 au 172e rang (sur 187) en terme de développement humain (espérance de vie, taux d’alphabétisation et de scolarisation, PIB par habitant).

L’Afghanistan après 2014 : un avenir encore incertain

Face à l’intensification des troubles, l’année 2009 a constitué un tournant dans la stratégie des troupes occidentales en Afghanistan, sous l’impulsion du nouveau commandant de la FIAS, le général américain Stanley McChrystal. Inspirée des pratiques de l’armée française en matière de contre-insurrection durant la Guerre d’Algérie, la nouvelle stratégie privilégie notamment la « conquête de la population » en lui offrant un retour à la vie normale (sécurité, administration efficace, offre médicale, infrastructures de transport…).

Alors que les forces de la coalition entament des opérations d’évacuation du pays, la situation de l’Afghanistan reste encore très incertaine, et ce malgré d’incontestables réussites civiles et militaires. Après plus de quatre décennies de guerre (depuis le renversement du roi Zaher en 1973), le redressement de l’Afghanistan, pleinement autonome à partir de 2014, ne peut passer que par une triple stratégie politique.

Le premier axe impose une stimulation et un assainissement de l'économie du pays (lutte contre la corruption, éradication de la culture du pavot, promotion de l’agriculture…).

Le second axe repose sur l’achèvement d’un processus de réconciliation nationale, supposant notamment le lancement d’un dialogue avec les « talibans modérés ». C’est dans cette optique que, malgré les soupçons d’irrégularités accompagnant les opérations électorales d’octobre 2009, la communauté internationale a confirmé la réélection à la présidence afghane d’Hamid Karzaï, seul en mesure d’engager un tel dialogue. En effet, dès 2008, celui-ci sollicitait l’Arabie saoudite, seul Etat à avoir reconnu le régime taliban avec le Pakistan et les Emirats arabes unis, pour organiser une médiation avec l’état-major taliban en exil à Quetta au Pakistan.

Le troisième et dernier axe de cette stratégie de redressement appelle une normalisation des relations diplomatiques avec le Pakistan, fragilisées par un différend frontalier fondateur (tracé de la ligne Durand). Accusé par l’Afghanistan de servir de base de retrait, de ravitaillement et d’entraînement aux insurgés talibans, le Pakistan mène une politique ambiguë vis-à-vis de ces derniers, continuant à distinguer les « bons talibans » attaquant exclusivement les forces de la coalition des « mauvais talibans » s’en prenant aux intérêts pakistanais. L’apaisement des relations afghano-pakistanaises n’en revêt pas moins un caractère fondamental, la zone de « continuité pachtoune », refuge de nombreux talibans, s’étalant sur le territoire des deux pays.

Bien que le risque d’un effondrement du gouvernement afghan ne puisse être totalement écarté, le pays semble s’engager sur la voie du redressement (augmentation du PIB, renforcement des institutions politiques, reprise en main progressive du territoire par l’armée et les forces nationales de police…). Toutefois, le degré de réussite de l’intervention occidentale en Afghanistan ne pourra être pleinement évalué que dans les années qui suivront le retrait définitif des troupes de l’OTAN.

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