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Une énième réforme sur le chemin de l’Ecole…

Publié par Pierre GILBERT sur 2 Janvier 2013

Une énième réforme sur le chemin de l’Ecole…

Le mois de janvier 2013 devrait voir la présentation en Conseil des ministres du projet de loi d’orientation et de programmation pour la refondation de l’école de la République, élaboré par le Ministre de l’Education nationale, Vincent Peillon. Véritable « projet de société » selon les termes de l’exposé des motifs, ce texte témoigne de l’attention sans cesse renouvelée que portent les gouvernements sur le système éducatif français.

D’innombrables réformes de l’Ecole depuis les années 1970…

L’explosion des effectifs scolarisés des années 1950-1960 a rapidement rendu nécessaire l’adoption d’une réforme globale du système éducatif français. Réalisée par la « loi Haby » du 11 juillet 1975, cette réforme unique d’ampleur se manifeste par l’institution du collège unique, offrant un enseignement identique à tous les collégiens.

Dès lors, toutes les réformes relatives à l’Ecole s’attacheront à mettre en œuvre cette loi et à en gérer les conséquences. Ainsi, la loi d'orientation sur l'éducation (« loi Jospin ») du 10 juillet 1989 posait l’objectif d’amener 80% d’une génération au baccalauréat, et créait, dans cette optique, des Instituts universitaires de formation des maîtres (IUFM) ainsi qu’un Conseil national des programmes, chargé d’émettre des avis sur les programmes scolaires.

Plus récemment, la loi d'orientation et de programme pour l'avenir de l’école (« loi Fillon ») du 23 avril 2005 projetait de moderniser le système éducatif français, en fixant des priorités en vue d’élever le niveau de formation. S’appuyant sur les recommandations du rapport Thélot, elle prévoyait déjà la mise en place d’un « socle commun de connaissances et de compétences » : maîtrise de la langue française, des principaux éléments de mathématiques, des techniques usuelles de l'information et de la communication, et l’acquisition de compétences civiques.

Cependant, plus de trente ans après la « réforme Haby », force est de constater que celle-ci n’est pas parvenue à atteindre ses ambitions démocratiques et à assurer l’égalité réelle des chances. L’hétérogénéité des enfants scolarisés, les mécanismes d’orientation et la composition sociologique des établissements sont à l’origine d’un morcellement du système scolaire en deux voire trois écoles, clivage se prolongeant d’ailleurs dans l’enseignement secondaire et dans l’enseignement supérieur. A cet égard, l’enquête réalisée par Stéphane Beaud (80 % au bac... et après ? Les enfants de la démocratisation scolaire, 2002) contient de nombreuses informations sur les conséquences de cette « massification » de l’école.

L’école aujourd’hui : une réforme d’ensemble impossible ?

Ainsi, depuis 1975, les réformes de l’Ecole se succèdent mais semblent privilégier une simple logique d’adaptation du système éducatif à un environnement en permanente évolution, et ce, au détriment d’un plan d’action global pourtant nécessaire : « réforme Haby » de 1975, « loi Jospin » de 1989, « nouveau contrat pour l’école » de François Bayrou en 1994, « loi Fillon » de 2005… Marquée par un ensemble de mesures isolées, la réforme proposée par le Ministre Vincent Peillon ne semble pas véritablement faire exception.

A l’exception de quelques mesures d’ordre institutionnel (création d’un Conseil national d’évaluation du système éducatif d’aide à la décision politique, d’un Conseil supérieur des programmes pour la détermination des programmes, et d’écoles supérieures du professorat et de l’éducation pour la formation des professeurs), cette réforme se caractérise globalement par un manque d’ambition politique, reprenant pour l’essentiel des mesures déjà engagées par le passé.

Réaffirmant l’ambition de la « loi Jospin » de conduire plus de 80 % d’une classe d’âge au baccalauréat, le projet entend répondre aux mêmes objectifs que les réformes précédentes : réduction de l’écart de maîtrise des compétences entre les élèves de l’éducation prioritaire et les élèves hors éducation prioritaire, diminution de la proportion des élèves sortant du système scolaire sans diplôme, maîtrise par tous les élèves d’un socle commun de connaissances à l’issue de la scolarité obligatoire, amélioration du système d’orientation et d’insertion professionnelles…

Marqué par une tentative d’adaptation aux évolutions de la société, ce dont témoigne l’objectif d’inscrire pleinement l’Ecole dans l’ère numérique, le texte s’articule autour d’une réaffirmation des principes pourtant moribonds du collège unique, en abrogeant notamment les dispositions de la « loi Cherpion » du 28 juillet 2011 qui instituait un dispositif d’initiation aux métiers en alternance pour les jeunes de moins de 15 ans.

Parcellaire, cette réforme porte également en germe quelques interrogations quant au financement à terme des projets. Si le projet prévoit la prise en charge par l’Etat des dépenses pédagogiques initiales dans les collèges et lycées, il laisse à des collectivités déjà fragilisées financièrement, le soin de financer leur maintenance et leur renouvellement.

En conclusion, le contenu actuel du texte semble témoigner de l’absence durable de nouveau projet politique lisible. Gardant probablement à l’esprit les mésaventures de leurs prédécesseurs, d’Alain Savary en 1984 à Luc Ferry en 2004, les occupants de l’Hôtel de Rochechouart semblent avoir renoncé à toute réforme globale du système éducatif. Est-ce à dire qu’une réforme d’ampleur de l’Ecole est désormais impossible ? L’avenir le dira…

Une énième réforme sur le chemin de l’Ecole…Une énième réforme sur le chemin de l’Ecole…

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